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sábado, 10 de septiembre de 2016

Comentario sobre L´échange (versión francesa de "La tensión del umbral") - Claire Mazaleyrat (La Cause Littéraire)






Cousu de fil noir

Des dialogues brefs, de courtes phrases. Des personnages qui s’entrecroisent, qu’on aperçoit, qui disparaissent. Des pages arrachées dans des journaux anciens. Des rendez-vous au téléphone. Des cafés sous haute surveillance. Des menaces et des souvenirs. Une histoire impossible à raconter, et cette impression de devoir à chaque instant reprendre le fil qui s’emmêle, qui casse, qu’on maintient serré pourtant dans une main vide. Tout commence après coup, indirectement. Un dialogue lourd de non-dits pour évoquer la scène, comme si l’idée même d’un témoignage direct de la réalité était devenue impossible:

– Pour quoi faire ?
– Pour qu’on en parle !
– C’est un suicide.
– Etiologie douteuse.
– Suicide, je te dis.
– Une balle dans la poitrine en pleine rue, ça ne te suffit pas ?
– Ce ne sera pas publié.
– Vas-y. Tu jettes un œil et après on voit.

La scène sur laquelle s’ouvre ce roman est marquée par sa violence inattendue, et l’incompréhension qui saisit les spectateurs, très prompts pourtant à trouver une explication permettant de classer dans les faits divers ce qui s’est passé en pleine rue, en plein jour. Une jeune femme braque un homme, et retourne l’arme contre elle, tire, meurt. L’homme disparaît. On ne le voit pas, on ne le sait qu’avec d’autres choses curieuses : des journalistes, des doutes, la censure ou le manque d’intérêt de l’événement, des vides, des creux, un sens pourtant quelque part, sans doute. Le titre original du roman, La tensión del umbral, met en évidence ce jeu d’ombres et de tensions, et l’aspect inquiétant qui sourd des silences. Le roman est tout entier tendu comme un fil élastique, prêt à lâcher à tout instant, et à faire sauter à la figure du lecteur une vérité d’une intense violence.

Ce qui est en effet particulièrement réussi dans cette énième enquête policière, ce n’est pas tant la recherche exaltée des obscures raisons qui ont abouti à cette scène, que le récit de son effacement. A la multitude labyrinthique des personnages qui interviennent dans les dialogues des premiers chapitres, mêlant policiers et journalistes en une valse difficile à suivre, tant les vases communiquent dans un système marqué par la corruption généralisée, succède un évanouissement progressif de nombreux personnages, allant de pair avec le dévoilement des identités. Certains ne font qu’un. D’autres sont victimes d’accidents malencontreux. Dépossédés de l’affaire. Bref, on n’en parle plus. D’autant plus troublant est l’usage des seuls patronymes des personnages, qui empêche l’identification et permet une distance parfois glaçante avec le récit, accentuant encore sa noirceur déshumanisée. Seul s’acharne à essayer de comprendre le journaliste Guyot.

Alors qu’il apparaît très vite que des forces obscures essaient d’étouffer l’affaire, et qu’elle remue sans doute des souvenirs quelque peu désagréables, alors que l’étau se resserre autour de tous ceux qui, de près ou de loin, se mêlent de cette histoire, Guyot avance seul, et n’est pas excessivement menacé : on le laisse faire. Il en sourd une angoisse que ravivent les allusions à son propre passé, par bribes. Les ellipses et les blancs, les détours incessants d’une pièce à une autre, d’un « échange » qui ne prend sens que plusieurs chapitres plus loin, les codes que l’on devine sans jamais en détenir la clé, font de ce roman une quête laborieuse de la vérité, tant l’on sent la menace à chaque page, et une violence sourde. On n’échappe pas à la toile d’araignée dans laquelle chacun des personnages est pris, même lorsqu’on croit n’en être que le lecteur distant : «Guyot accumule des mots, ces gribouillis inutiles qui noircissent les pages immenses que les gens lisent en prenant un café. Tranquillité de savoir qu’on est celui qui lit et qu’on ne fait pas partie de ceux dont il est question dans ce qu’on lit » (p.36).

Cette apparente tranquillité se heurte pourtant à une réalité opaque, qui donne à toute l’enquête de Guyot l’impression qu’il est pris au piège, comme le lecteur, par des puissances ténébreuses. L’image qui se donne à lire de l’Argentine moderne est terrifiante : sous une chape de silence, les mêmes puissances qui ont marqué les années noires de la dictature continuent de tirer les ficelles, de faire disparaître les preuves de leur passé criminel, n’hésitant pas à assassiner tous les témoins. Sous l’apparence de retour à la démocratie, ce sont les mêmes tristes sires qui dirigent tous les organes de la vie publique, et Almeida montre à merveille les collusions entre journalistes et policiers, le rôle trouble des indics, la rivalité des différents services, dans une volonté générale d’étouffement. Ce qui se donne à voir entre les lignes tendues de ces dialogues où l’on ne dit rien, ou si peu, c’est la corruption d’un pays exsangue, qui continue à pratiquer l’art de la disparition, dans le plus grand secret. Les pages arrachées des avis de décès des années 90 ne semblent guère pourtant comporter de vérités dérangeantes, et cet exemple montre à quel point chacun avance en terrain miné. Comme dans un jeu, où les informations s’égrènent au compte-goutte, avec à chaque pas le risque de tomber.

« Ça a commencé comme un jeu. A peine Julia partie, ma sœur énumérait les choses qu’elle avait dites. Enfin, pas des choses, pas des informations, mais quelque chose, n’importe quoi. Jamais plus de trois » (p.110).

Le secret semble pourtant suinter de toutes parts, et ce « quelque chose » obsédant permet au roman de se dérouler comme la pelote emmêlée d’un fil, ténu, cassant, qui mène à la connaissance de la vérité. A la source, et donc à l’origine. Car cette question apparaît, dès le commentaire sur « l’étiologie douteuse » du crime, comme l’un des fils conducteurs du récit labyrinthique qui se déploie dans les mains de Guyot.

Au cœur de cet échange, se pose en effet une question obsédante, celle de la filiation et de l’héritage. Les personnages sont essentiellement les fils et filles de la dictature militaire, et assument cet héritage sous l’égide de parâtres corrompus, malfaisants, qui ont perverti la réalité, mais aussi les liens du sang, scellant par le crime ce qui aurait dû l’être par l’amour. Pour faire taire un homme, on tue son fils – ou le chien Fernando, seul muni d’un prénom, et substitut filial d’un couple heureux. Au couple « parental », fût-il bâti sur un atroce mensonge, s’ajoute la figure sinistre du parrain, protecteur de l’enfant et menace sur les parents qui parleraient trop. La jeune femme qui se tue au début du roman semble n’avoir pas de parents, ce qui ne fait qu’accentuer le mystère de ses origines et l’enchevêtrement d’une histoire singulière et nationale. Inversement, des figures maternelles se dressent, comme celle de la psychiatre Vera Ostots, près de laquelle Guyot glane des informations dans un café qui devient souricière. Mais le refuge devient piège, la figure protectrice s’éloigne et cesse d’aider le journaliste. Il s’avère impossible d’interroger les « parents » sur un passé qui les emprisonne encore et bloque toute tentative de vivre. A l’origine de cette filiation morbide, c’est le drame des « adoptions » d’enfants d’opposants par les tenants du régime pendant la dictature qui s’ébauche peu à peu. Le scandale n’a été révélé que tardivement, notamment par le combat du poète Juan Gelman et son récit par Carlos Liscano en 2004 : le livre qui retrace l’enquête d’un grand-père pour retrouver sa petite-fille, née en captivité et adoptée par des militaires, fait éclater au grand jour l’un des épisodes les plus traumatisants de l’histoire argentine, que de nombreux récits et films ont rendu publics lors de la dernière décennie. Des milliers d’enfants d’opposants politiques ont ainsi été élevés par d’autres parents, sans jamais le savoir, ce qui remet en cause toute la généalogie et l’histoire personnelle d’individus nés de l’horreur, de la violence et du mensonge. Comment une nation pourrait-elle se bâtir sur des origines aussi douteuses ? comment peut-on devenir adulte à son tour dans un pays double, ayant bâti sa fastueuse modernité sur un mirage démocratique ? Ce mensonge autour des biographies fictives des personnages qui peuplent le pays éclate lorsque Guyot lit le travail de Julia, dont il comprend qu’elle est le nègre – autre image de l’imposture et de l’illusion – des personnalités qui publient leur autobiographie :

« Pourquoi des récits de vie. Si semblables les uns aux autres. Même allure. Construits autour de ce qui est espéré de quelqu’un, mais non de ce que l’on est. Ça ne peut pas être de la littérature, pense Guyot. C’est un travail d’employé de bureau. Un bureau de vies édifiantes. Il rit. Imagine ces personnages entourés de petits-enfants, reconnus par leurs proches, bouffis d’autosatisfaction, fauteuil, regard du vieux guerrier au repos. Mensonges. Aucune vie ne ressemble à ça » (p.122).

Les ombres qui errent dans ce récit dense et oppressant contribuent donc à soulever l’un des enjeux majeurs de la littérature argentine de cette dernière décennie : celle des rapports entre l’individu et le système, celle de la réalité et de la fiction sur laquelle elle est bâtie, et celle du mal qui régit les rapports entre les individus dans un système qui reste dominé par le secret et la menace permanente. Le roman noir permet à Eugenia Almeida de donner forme à cette angoisse terrible qui étreint les fils et les filles de la dictature, enfants perdus dans les décombres d’un vaste mirage, cernés par les ombres puissantes d’un passé qu’on ne parvient pas à reléguer tant qu’on n’a pas fini d’en faire le procès. La lucidité, fût-elle portée par une tension très forte, est alors l’une des formes les plus courageuses qu’adopte le romancier pour affronter le présent et permettre à ses lecteurs de s’en emparer.




jueves, 8 de septiembre de 2016

Comentario sobre L’échange ("La tensión del umbral") - Charybde 27: le Blog




Note de lecture : « L’échange » (Eugenia Almeida)


L’ombre portée de la dictature argentine derrière un fait divers. 
Glaçant et magistral.


Le troisième roman d’Eugenia Almeida publié en 2014, traduit en 2016 par François Gaudry pour les éditions Métailié, plonge le lecteur dans un état d’incompréhension et d’anxiété brumeuse, proche de celui de son principal protagoniste, Guyot, employé du journal local qui enquête, envers et contre tout, sur un fait divers énigmatique dont il ne peut se détacher à cause de l’incongruité extrême de l’événement et du lien mince le reliant à sa propre histoire.

Dans une rue centrale d’une ville argentine, une jeune femme braque un revolver sur un homme qui sort d’un bar. Quelques mots sont prononcés, l’homme ne réagit pas et lui tourne le dos. Alors la femme retourne l’arme contre elle et se tue, tandis qu’il s’éloigne calmement et disparaît. Suicide jugé sans conséquences, l’affaire est rapidement classée.

«Il prétend qu’il était allé au fond du bar. Et qu’il ne connaît pas le type. Il a fini par lâcher le nom de quelques clients. On est allé les voir. On dirait un club d’aveugles. C’est pour ça qu’on a refermé le dossier. De toutes façons, il n’y a pas de doute que c’était un suicide. Ce qui s’est passé avant, eh bien, je sais pas, ça restera du domaine privé.»

Appelé sur le lieu du drame, Guyot s’obstine à tenter de comprendre, il avance en tâtonnant malgré des témoins muets ou qui se volatilisent. Obsédé par l’enquête, il accumule des indices épars, cahiers de cette femme, incompréhensibles de prime abord, une page de journal volée, une photo qu’on a déplacé chez lui, un mot en caractère gras dans un avis de décès. Guyot néglige, avec naïveté et aveuglement, les conseils et menaces de moins en moins voilées et les catastrophes qui frappent ceux qui le côtoient ou le secondent dans cette enquête.

«Quand Guyot sort, il aperçoit sur le trottoir d’en face un homme très grand et très maigre. Il le remarque à l’ instant où celui-ci a coincé le mégot de sa cigarette entre le pouce et l’index et l’a projeté par terre comme s’il avait tiré avec une arme. Le corps de cet homme lui rappelle quelque chose, mais tout est comme ça en ce moment, un détail en rappelle un autre qui ne peut être non plus précisé et on ne trouve que des relations entre des fantômes qui ne disent rien.»

L’intrigue se développe au fil des voix qui s’entrecroisent, de personnages souvent dissimulés derrière leur patronyme, et des indices inquiétants égrenés dans le récit. L’inquiétude impalpable sourd et le vertige s’accroît, tandis que les mécanismes des médias, d’une police et une justice corrompues ou soumises se font jour, et les menaces du passé dont les ombres continuent d’assombrir le présent.

«Il arrive un moment où tout doit être mis en ordre. Les yeux s’ouvrent péniblement sur un monde sans signification. Juste une boite obscure saturée d’échos. 
Celui qui ne sait pas qu’il doit mesurer sa force entre en aveugle dans un monde régi par d’autres. Ce peut être beau ou terrible. C’est pareil. Les figures viennent du dehors, elles s’imposent à nous, nous dansons sur la musique d’un autre.»

La narration habilement construite permet de maintenir l’enquêteur dans un labyrinthe, tout en dévoilant au lecteur, en une peinture sombre et puissante, les séquelles du terrorisme d’état de la dictature, les réseaux souterrains qui subsistent dans les marges et les dégâts de la corruption et de la criminalité présentes et écrasantes, en toute impunité.


Charybde 7




miércoles, 7 de septiembre de 2016

Entry Island - Peter May




La isla de la memoria

Un hombre camina por un sendero. Es “un fantasma que persigue su pasado”. Sime Mackenzie, sargento de la División de Homicidios de la policía de Montreal, forma parte del equipo que  investiga un asesinato ocurrido en Entry island; una de las islas de La Magdalena, en el Golfo de San Lorenzo, Canadá. Si bien están en una región francófona, los isleños sólo hablan inglés. Es  por eso que Sime ha sido incluido en el equipo: sus antepasados escoceses le han dejado como herencia el perfecto manejo de esa lengua.

Entre los ocho policías que llegan a la isla está Marie-Ange, la especialista en escenarios del crimen que acaba de divorciarse de Sime. La tensión se siente: la furia contenida suena como una tormenta.

En una isla con menos de cien habitantes, donde nadie cierra las puertas con llave, un hombre ha sido acuchillado. Su esposa declara que un intruso los atacó pero la policía local la considera la principal sospechosa. Desde que la ve, Sime siente que ya la conoce aunque ella insiste en que no es así. En ese encuentro comienza una intriga que avanza en paralelo a la investigación sobre el asesinato. 

La novela se asoma a la realidad sociolingüística de Canadá y a los intricados factores culturales  enlazados a una lengua. Entry Island trabaja en dos tiempos: la trama policial que se desarrolla en la actualidad y una intriga de otro tipo –histórica, social– que busca profundizar en algunos aspectos del origen de las naciones no siempre visitados por la literatura. La historia de lo que hoy conocemos como “Canadá” está hecha de dolor, de destierro, de enfermedad, de muerte. No sólo las comunidades originarias fueron arrasadas. Otros pueblos también fueron desposeídos de su tierra y su idioma, obligándolos a radicarse en un lugar que no era el suyo. Los historiadores llaman a ese evento “La expulsión de los gaélicos”. Miles de escoceses forzados a abandonar sus casas a mediados del siglo 18. Miles de personas asesinadas o subidas violentamente a un barco con destino a América. Un lugar al que llegaban unos pocos, los que habían logrado resistir, solo para descubrir que debían esperar todavía más en una isla donde eran puestos en cuarentena.

Sime Mackenzie va hilando la historia de sus ancestros a partir de los recuerdos de su infancia: los relatos de su abuela vuelven como una forma de protegerse del insomnio. Quizás es justamente ese estado intermedio –despierto pero entredormido– lo que le permite dejar que el pasado y el presente se crucen para construir un mapa que explique algo de lo que sucede.

Peter May nació en Escocia en 1951. Antes de ser novelista trabajó como periodista y guionista. Según cuenta la leyenda, escribe una novela cada mes y medio.


Eugenia Almeida

Publicado originalmente en Número Cero




martes, 6 de septiembre de 2016

Comentario sobre L´échange (versión francesa de "La tensión del umbral") - Michel Edo (PAGE DES LIBRAIRES)








Devant un bar, dans une grande ville anonyme, une femme braque un revolver sur un homme. Il n’esquisse aucun geste pour fuir ou la désarmer. Puis elle retourne son arme contre sa poitrine et tire.

Par MICHEL EDO, Librairie Lucioles, Vienne


Toutes les personnes présentes peuvent témoigner du suicide de cette fille. Mais aucun ne semble se rappeler du visage de l’homme qu’elle visait. Un journaliste dépêché sur les lieux voudrait s’en tenir aux faits, mais une vilaine petite idée lui fait chercher un peu plus loin. Son indic au commissariat lui suggère de ne pas trop en faire pour cette histoire. Quelques jours plus tard, d’ailleurs, le dossier de la femme est récupéré sans trop de discrétion par le genre de flics que les flics n’aiment pas trop. Mais ici on en a tant vu pendant les années de plomb, qu’on ne la ramène pas. La police a appris à ne pas faire de zèle. Le journaliste, lui, s’enferre dans cette histoire qui vire à l’obsession et au jeu de massacre. Plus ses investigations le rapprochent de l’identité de la suicidée, plus les corps s’entassent autour de lui. Qu’a-t-il à gagner à s’acharner sur cette histoire que personne ne veut entendre et que son journal ne voudra pas publier ? En compagnie d’une vieille psychanalyste en retraite, il va, dans une quête suicidaire, gratter cette vieille plaie de la dictature, des exécutions sommaires, des milices policières, pour redonner un nom et une histoire à cette fille. Il ne veut pas d’un grand procès des criminels politiques, l’Argentine en a fait son deuil. Il veut sauver une personne de l’oubli assassin. Il veut, pour une fois, que l’impunité des bourreaux ne l’emporte pas. Du grand roman noir.


http://www.pagedeslibraires.fr/livre-10590/l-echange.html



lunes, 29 de agosto de 2016

El río - Débora Mundani






La espera

“El río es memoria” dice Haroldo Conti desde la cita que abre la última novela de Débora Mundani. Esa frase marca el camino y pone en palabras el hueso de la historia. El río es un relato bello, crudo y melancólico que habla de la soledad, la espera, el deseo, los malentendidos y ese extraño archipiélago que llamamos “familia”.

Mundani monta un escenario perfecto y envolvente: un Paraná que provoca agobio y desolación a la vez. Las tres primeras páginas son tan escuetas, precisas y potentes que, al terminarlas, uno no puede imaginarse en otro lugar que en esa casilla donde un hombre acaba de descubrir que su madre ha muerto.

Un piso húmedo que cede con la lluvia; una casuarina que desprende su raíz y cae sobre el río; el agua que va mordiendo la tierra y tragándose los árboles; el mate en la mano, la mirada en movimiento. ¿Qué es adelante y qué es atrás en un paisaje arrasado por la inundación? ¿Qué elemento tomar como referencia si todo se mueve al compás de esa masa de agua que ocupa todo?

Una lancha, el motor tronando para poder navegar río arriba. Un arroyo llamado “Espera”. Una lluvia infinita. Una comadreja haciendo equilibrio en una isla de camalotes. La crecida y sus objetos; esa destrucción increíblemente vital que a veces impone el río. El hombre, Horacio, cumpliendo una promesa hecha a su madre.

Juan tiene 16 años. Busca trabajo. Termina embarcado con destino al yerbal. Al llegar, caminará siete horas bajo el sol, metiéndose en la selva y en la oscuridad de una esclavitud disfrazada de contrato. El ritmo inhumano, los latigazos, los engaños, las estafas. Tareferos atrapados en una maquinaria que los destroza.

Un hombre y un viejo, solos, sentados en el techo de un frigorífico, rodeados por el agua que tapa el pueblo. Dos en un casi silencio porque no es sencillo hablar cuando uno se ha convertido en río. 

Historias que se cruzan en encuentros y desencuentros.  

Alguien espera escapar y sobrevivir. Alguien espera que la lluvia amaine o que llegue el alba o que algo se amanse en la tormenta. Alguien espera que vengan a salvarlo. Alguien espera ver un rostro amado. Alguien espera no ser olvidado. Alguien espera honrar su promesa. 

Todos en este Paraná esperan. 

Todos saben que hay algo inmutable, urgente e imperioso en la paciencia. 

Débora Mundani muestra con naturalidad las imágenes de la vejez, de la muerte, de la pérdida, del afecto, del sostén. Una serie de capítulos cortos van enlazando escenas con un ritmo marcado por el agua. No es sencillo explicarlo. En esta novela, el río aparece como un elemento del argumento pero también como algo nodal del estilo. En lo que se cuenta hay una cadencia  que suena igual al agua que corre y golpea contra la orilla.



Eugenia Almeida

Publicado originalmente en Número Cero





sábado, 27 de agosto de 2016

Comentario sobre L´échange (versión francesa de "La tensión del umbral") - Léa Touch Book




Les éditions Métailié ont le don à chaque rentrée littéraire de me faire découvrir et aimer des livres qui sortent complètement de mes habitudes littéraires, après la révélation illska l'année dernière, voici L'Echange cette année ! 


Ce roman est à mes yeux très proche d'un policier journalistique, un roman vif, viscéral, efficient où les chapitres courts s'alternent très rapidement nous faisant suivre différents protagonistes sur la même intrigue : le suicide a priori sans intérêt d'une jeune femme. Et pourtant ce suicide sera le déclencheur d'une enquête essentielle pour Guyot, journaliste, une enquête qui le mènera à une propre introspection personnelle, qui amènera des conséquences tragiques sur son passage, qui bouleversera des vies et aboutira sur un très beau final !

Entre rebondissements politiques et révélations intimes, L'échange développe une histoire vraiment passionnante, je n'ai pas pu m'arrêter de le lire jusqu'à la fin tellement il est addictif. Ce fût pour moi une très belle surprise car si illska a été ma première lecture islandaise, L'échange est mon premier roman argentin : Métailié a réussit l'exploit de me faire sortir de mes lectures nord-américaines ! 

J'ai vraiment aimé la façon de raconter ce récit : on suit différents personnages entre les policiers, le journaliste, les politiques, les tueurs à gages... Il n'est pas véritablement question de s'y attacher même si il y a des moments très émouvants, il est question de s'identifier à eux, de s'identifier à cette volonté de connaître la vérité, de devenir nous-mêmes enquêteurs. Plus les pistes sont brouillées, effacées plus on a une envie vitale de savoir le fin mot de l'histoire.

En définitive, entre personnages fascinants, écriture addictive, intrigue passionnante, L'échange se révèle être une lecture indispensable de la rentrée littéraire ! Une véritable belle surprise !








Léa TouchBook  




viernes, 26 de agosto de 2016

25 de agosto de 2016. Justicia y democracia.





http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-307848-2016-08-26.html

http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-307849-2016-08-26.html

http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-307846-2016-08-26.html



martes, 23 de agosto de 2016

Entrevista a Ana Cacopardo




Me interesa la diversidad de lo humano


Ana Cacopardo, maestra en el arte de la entrevista, llega a Córdoba para presentar su libro “Historias debidas, conversaciones y testimonios”.

En la tapa, unas hebras; algo que hace pensar en un bordado, en un tejido colectivo, en la trama que formamos estando juntos. En la primera línea de los agradecimientos, una frase: “Todos somos gracias a otros”. De eso se trata Historias debidas. Conversaciones y testimonios; de cómo la Historia se construye con lo que sucede entre nosotros.

Durante años la periodista Ana Cacopardo entrevistó a diferentes personas recurriendo al testimonio como herramienta de reconocimiento. En sus producciones audiovisuales vimos aparecer rostros que nos hablaban de Latinoamérica, de identidades, de lucha, de dignidad, de resistencia. Con ellos conversaba Cacopardo, con su estilo personalísimo, coherente, preciso. El libro que la periodista viene a presentar a Córdoba recupera 31 de las entrevistas realizadas en el programa televisivo “Historias debidas”. A partir de un trabajo de “traducción”, lo que originalmente era imagen y sonido ahora está sobre el papel. Y a esas voces se agrega un valioso texto de Cacopardo con reflexiones sobre el testimonio y la entrevista.

–¿Cómo fue el proceso de elección de las entrevistas que decidiste incluir en el libro? 
–Fue una tarea difícil. Te diría que el primer criterio fue que expresaran la búsqueda de estos años. Siempre me gusta decir que en la agenda y en las preguntas está mi propia voz. Y por lo tanto mis propias búsquedas. El ejercicio de balance que impuso el libro me permitió ver que esas búsquedas han sido persistentes a lo largo de estos años. Me interesa pensar sobre las resistencias a las dictaduras, el género y la diversidad sexual, las identidades indígenas. Me interesa pensar sobre el arte y el trauma. Estos tópicos fueron ordenando la selección. Y luego creo que el recorrido por América Latina que hicimos durante estos últimos años tiene una presencia fuerte en el libro. Quizá porque ese recorrido tuvo para mí mucho de revelador. Y finalmente creo que otro de los criterios fue elegir voces que no tenían tanta circulación pública. Preferí incorporar voces como las de una antropóloga zapatista o las de un ex pandillero que trabaja con jóvenes vulnerables. Me parece que esos testimonios tienen mucho para decirnos sobre agendas centrales de nuestro tiempo. Como lo indica el juego de palabras que sintetiza el título del programa televisivo, y que quisimos preservar en el libro,  son historias que “nos debemos” contar. Darles dimensión pública, y por lo tanto dimensión política, es para mí un imperativo que le da sentido a mi trabajo en los medios de comunicación y el cine documental.

–Hablas de la empatía como un factor esencial en tu hacer. 
–La empatía es la capacidad que tenemos para ponernos en el lugar del otro. Es para mí un atributo fundamental para entrevistar y comprender. Para aproximarnos a universos bien diferentes al nuestro, corriendo nuestros preconceptos y habilitando una escucha atenta, que parte del interés genuino. Que no busca juzgar sino, por el contrario, comprender. Comprender, esa es la clave de mi búsqueda en las entrevistas. La empatía significa dejarse interpelar por el otro. Además, buscando descubrir o comprender a los otros, uno acaba descubriéndose a sí mismo. 

–¿De qué modo creés que se articulan los testimonios personales y la Historia con mayúscula?
Creo que hay una búsqueda por democratizar el sujeto de la historia con voces que no habían sido escuchadas. Y por aproximarse, a través de la palabra de los testigos o protagonistas, a ciertos climas de época. En el caso de la última dictadura militar, los testimonios han sido fundamentales para restaurar la dimensión de la maquinaria del terror. Yo creo que el testimonio nos devuelve un conjunto de dimensiones que de otro modo no hubiéramos podido recuperar.  Pero más allá del valor de verdad de los testimonios, es decir, más allá de los hechos y los datos que han permitido corroborar,  me interesa mucho detenerme en otro aspecto de los testimonios o de las memorias de la dictadura. Cuando un sobreviviente, un militante o un hijo de desaparecidos hace el ejercicio de narrar la propia experiencia, hay también una puesta en sentido de esa experiencia. Una elaboración. Esa zona de indagación es quizá la que más me interesa. 

–Gran parte de tu trabajo se ha desarrollado en medios públicos. ¿Cuál creés que debería ser el rol de Estado en la producción de contenidos periodísticos y culturales?
–La comunicación es un derecho de los pueblos, no un negocio para pocos. Y el Estado tiene que garantizar ese derecho. Con la derogación de la Ley de servicios audiovisuales, se ha producido un retroceso importante reconocido por la CIDH. Necesitamos inversión en políticas de producción audiovisual, esto implica tanto a las líneas de fomento del INCAA como a las que sostienen y financian contenidos para las televisiones púbicas o canales provinciales. O las que impulsan y estimulan las experiencias de los medios comunitarios. Tenemos un sistema de medios cada vez más concentrado. Y una situación preocupante por la pérdida de fuentes de trabajo en todo el país. Me parece que el debate sobre el sistema de medios es inseparable del debate sobre la salud de nuestra democracia. 

–¿De qué querrías dar testimonio hoy?
–Como siempre, las preguntas más simples son las más difíciles de responder. Y probablemente, las mejores.  Quizá lo primero que debería decir asume la forma de una reafirmación: la voluntad de continuar dando testimonio a través de mi trabajo periodístico o documental desde un enfoque de derechos humanos. Aunque a veces sienta que no sirva para nada. O aunque no esté claro, desde dónde hacerlo… Me interesa visibilizar las luchas de los que intentan transformar escenarios de injusticia y opresión. Me interesa poner en foco las experiencias de los que no se resignan y construyen desde el pie. Me interesa la diversidad de lo humano,  que nos saca de nuestro pequeño y diminuto mundito. Y si hablamos de dar testimonio de estos tiempos, me interesa seguir pensando cómo hacerlo, cómo contar, cómo narrar, aunque puesta a elegir, me gustan las historias mínimas que condensan los grandes temas. Y me gusta el lenguaje audiovisual porque nos trae una atmósfera, la cadencia de una voz o un rostro que nos devuelve la mirada. ***


Eugenia Almeida

Publicado originalmente en Número Cero





viernes, 12 de agosto de 2016

REVISTA CARAPACHAY o la guerrilla del junco - INES GARLAND – EUGENIA ALMEIDA

Profundamente agradecida por la invitación de la 
Revista Carapachay y por el encuentro con Inés Garland



12 agosto, 2016

INES GARLAND – EUGENIA ALMEIDA

Carapachay convocó para este nuevo cruce epistolar a las escritoras Inés Garland y Eugenia Almeida. Ellas no se conocían personalmente antes de estas cartas. Pero, más allá de eso, comienzan aquí una charla en donde lo familiar, la memoria y la escritura giran sobre el espacio del río para indagar una geografía. Porque todos estamos, tarde o temprano, atravesados por la experiencia de un río. Con las cartas irán también las fotos que Inés Garland quiere mostrarle a Eugenia Almeida. Una selección familiar que acompañan los textos, que se entremezclan. Así se irá macerando este diálogo intenso, emotivo, entre dos grandes escritoras, que saben contar, que saben conmover. Que saben compartir con las palabras.


Link para LEER EL ARTÍCULO COMPLETO




lunes, 8 de agosto de 2016

Nuevo horario para "Dame Letra"



A raíz de los cambios en la programación 
de Radio Universidad, desde el 14 de agosto  
“Dame Letra” estará al aire 
los DOMINGOS de 14 a 15.

@dameletra580



jueves, 28 de julio de 2016

Casa que arde - Emilio García Wehbi / Artaud: Lengua ∞Madre - Emilio García Wehbi y Gabo Ferro




Lenguas de fuego

Ediciones DocumentA/Escénicas acaba de publicar “Artaud: Lengua∞Madre”, un libro escrito  por Emilio García Wehbi y Gabo Ferro.  En agosto de este año, la editorial cordobesa ya había editado “Casa que arde”, una relectura de García Wehbi sobre “La casa de Bernarda Alba” de Federico García Lorca.

Emilio García Wehbi es un bicho raro. Está siempre al borde, jugando con los límites, borrando las fronteras. Va en busca de los puntos de encuentro de distintas disciplinas para hacer estallar las grietas de nuestra cultura. Su obra es compleja, cada paso puede leerse como un nuevo episodio de puesta en tensión de las certezas. Sus textos están hechos con lo que el mundo deja a un lado: los residuos, lo anormal, lo deforme; las cosas que han sido sofocadas, tapadas, censuradas. Wehbi va al choque. Su escritura no es amable. No es fácil. Que no vaya nadie a buscar en sus libros algo que lo serene o lo reconforte. Que sí entren aquellos que estén dispuestos a ser sacudidos. 

Gabriela Halac es un mirlo blanco. Alguien extraordinario y valioso por su rareza. Escritora, gestora cultural, editora. También ella sabe habitar los confines, ese espacio donde el riesgo se vuelve entusiasmo y manifiesto: un modo desprejuiciado de estar en el mundo. DocumentA/Escénicas, la editorial que dirige, se ha convertido en un sello que es garantía de singularidad. Hay algo único en su catálogo, es sencillo reconocer sus libros: cierta delicadeza, cierta precisión, un objeto perfecto y un contenido difícil de encasillar.

Halac y García Wehbbi han jugado juntos tres veces. La primera fue Luzazul, que recibió el Premio Alberto Burnichón al libro mejor editado en Córdoba en 2014. En 2015 publicaron Casa que arde y Artaud: Lengua∞Madre


Prisioneras

Casa que arde surgió como una obra de teatro estrenada en abril en el KonzertTheater Bern de la ciudad de Berna, en Suiza.Bajo el subtítulo “Teatro para niñas anarquistas y animales embalsamados”, el libro es una reescritura de La casa de Bernarda Alba de Federico García Lorca. Bernarda es aquí una mujer que, a medida que habla, se va transformando en cuervo. Su voz soporta un monólogo perforado por voces ajenas. Una garganta ventrílocua que repite el discurso de otros. 

La vida familiar como “un campo de concentración modélico”. La relación –monstruosa, opresiva, dictatorial– de los padres con los hijos. Un Ejército de Liberación Femenina para combatir “el discurso y la dominación falocentrista”. Una discusión entre los animales del bosque. Imágenes y personajes que ponen en escena la opresión. La iglesia, la familia, la psiquiatría, la ley: fuerzas disciplinadoras. 

Wehbi recurre a diferentes elementos para armar su retablo. En estas páginas se mezclan la mitología griega,  la tradición judeocristiana, los nombres de un batallón de psicofármacos, citas de Kafka, Kropotkin y Cocteau, referencias a Mahler, ecos de Lewis Carroll. El machismo, las sociedades patriarcales y la arquitectura de los poderosos toman cuerpo en figuras disímiles: Mao Tsé-Tung, Robespierre, Picasso, Brad Pitt, el Papa Francisco, Bruce Lee, Reagan, Sartre, Federer, Walt Disney, Gengis Kan. Todo eso se cruza y se potencia para evidenciar que los siglos pasan pero algunas cosas apenas cambian. 

Casa que arde se completa con los dibujos de Elisa Canello. También allí entran en juego las citas, los homenajes y las recreaciones. La artista cordobesa hace una reescritura de la obra de Henry Darger, retomada por Wehbi en el texto. Juego de espejos que se reflejan, se deforman y muestran mucho más de lo que podría esperarse. El trabajo de Canello no puede llamarse “ilustración”. Hay dos artistas sobre el papel. Cada uno dialoga con el otro desde su experticia. Se logra una polifonía inesperada. 

Hay dos dibujos que se diferencian del resto por su estética. Reproducen una imagen de Juana de Arco basada en la famosa película de Carl Dreyer. Una película quefijó para siempre la iconografía en torno a esa heroína francesa y en la que actuó Antonin Artaud. Aparentemente, todo en la obra de Wehbi se convierte en la trama de una red que continúa de libro en libro.


Tótem y tabú

Artaud es la palabra clave que reunió a Wehbi con el músico e historiador Gabo Ferro. Juntos presentaron la performance Artaud: Lengua∞Madre en la Bienal que se hizo enBuenos Aires este año. De esa experienciasurgió el libro que acaba de editar DocumentA/Escénicas. Los autores se funden en lo escrito, no hay marcas que permitan saber qué escribió cada uno, se trata de un verdadero trabajo en colaboración. Y no es un dato menor ya que el libro aborda, justamente, las relaciones entre arte y poder. 

También en este texto se recurre a la mitología judeocristiana, fundamentalmente a Abraham, utilizado aquí para hacer alusión a Marina Abramovic, figura tótem del mundo de las performances. Wehbi y Ferro atacan el centro de la cuestión: en “Interferencia. Contramanifiesto del Método Abraham” proponen una serie de postulados que discuten el “Manifiesto de la vida de un artista”, de Abramovic. Los autores parodian a quienes han construido su propia industria enriqueciéndose y empoderándose en un sistema que dicen despreciar. Es un ejercicio interesante leer ambos textos (disponibles en internet) para acceder a una discusión –poblada de ironía, sarcasmo e inteligencia–  sobre las relaciones entre arte y mercado, obra y mercancía, impostura y vanguardia.  

El libro incluye poemas, registros de cuadernos escolares, dos conferencias (que usan el humor para desnudar el discurso científico) y un “Manual del usuario” escrito por Federico Irazábal.

Quizás lo más impactante de Artaud: Lengua∞Madre sea el primer encuentro. La editora decidió ofrecer a los lectores un “dispositivo editorial que se define como un libro intonso”. Los pliegos de papel no han sido cortados. Para poder hojear el libro es necesario cortarlo. Destriparlo, intervenirlo quirúrgicamente, tajearlo, abrirlo; cada uno elegirá la palabra que prefiera. Es una operación que lleva unos minutos, dependiendo de la pericia. La belleza está en que no habrá dos libros iguales. Cada lector, con su torpeza, su delicadeza o su impaciencia dejará huellas diferentes. 


Transformaciones

Puestas de teatro o performances que mutan en libros: lo que  comienza con música puede volverse pintura o puro cuerpo o tinta sobre la piel. Todo va de un lado a otro en la obra de Wehbi. Casa que arde y Artaud: Lengua∞Madre funcionan como libros individuales y, a la vez, como piezas de una misma herramienta. La tenaza que construyen juntos permite reflexionar sobre el poder y sus efectos. 

Wehbi es un gran lector y comparte sus recorridos sin hacer ostentación. Como señala Gabriela Halac: “Sus obras están llenas de citas, intertextosde muy diversa procedencia que no interfieren en la lectura parahacerse notar como portadores de sapiencia, sino que aportan al sentido para quien sea capaz de identificarlos. Es un autor que se apropia de lo contemporáneo, de lo clásico y que es capaz de mestizajes que en el cruce generan potencias nuevas.”

En una entrevista en Ciudad X, Wehbi definió a Halac diciendo que edita “como una artista”. Consultada sobre el proceso de trabajo con Wehbi, la editora dice que una de las ventajas de trabajar con él es que el autor “entiende perfectamente que el texto es un punto de partida para construir un dispositivo editorial donde la materialidad es un sentido y el libro es una pieza.”  Un escritor raro, una editora singular. Dos artistas que celebran la posibilidad de transformarse a través del trabajo con los otros. Los lectores, agradecidos.

Eugenia Almeida

Publicado originalmente en Ciudad X




jueves, 21 de julio de 2016

La risa de las bandurrias - Ariel Magnus




La risa del misántropo

Fernando es un arquitecto porteño especializado en hacer casa-quintas que, después de haber sido abandonado por su mujer, decide dejar todo e irse a vivir al sur. Como si ese nuevo paisaje (desolado, ventoso, frío) pudiera hacer menos visible la propia desolación. En El Bolsón va a conocer a personajes de lo más diversos: un chofer de colectivo terco y malhumorado, una rara familia dedicada al turismo, una vaca, un chico que roba libros, un bibliotecario que se autodenomina corresponsal de policiales, un mecánico que engorda tres kilos por año, un ermitaño que juega al ajedrez, un gendarme que se prepara para un supuesta invasión chilena, la hija de un millonario y un grupo de hippies reafirmando lo más reaccionario del sistema.

El narrador es un bicho de ciudad que traduce lo que ve a los términos de lo que conoce. Un poco como hacemos todos. Pero aquí, eso se vuelve risa y esa risa, revelación, descubrimiento de lo que estaba escondido bajo el disfraz de lo naturalizado. Claramente no es la risa alegre que celebra sino el gesto burlón del que ha perdido toda ingenuidad, el rugido del que ha visto el revés ridículo de las cosas: la risa del misántropo. Como muestra, basta un botón: Fernando viaja y va leyendo los nombres de las chacras. Harto de ver cosas como “Un Sueño Realizado” o “Mi Esperanza”, fantasea con que si tuviera una la llamaría “La pesadilla” o “Leucemia”.

Este libro se ríe de todo y de todos: de los hippies, de los profesionales, de las fuerzas de seguridad, de los paranoicos, de los ecologistas, de los porteños, de los provincianos, de la clase alta, de la psicología, de las teorías conspirativas, de la política, del mundo académico, del Peronismo, del etnocentrismo, de la literatura, de los servicios de inteligencia, de los nazis vernáculos, de la izquierda que opera para la derecha, de los suicidas, de la iglesia, de las nuevas tecnologías, de la xenofobia, de la globalización, de los medios de comunicación, de la escuela, del capitalismo y del anticapitalismo. En definitiva: este libro se ríe de nosotros.

Aquí lo que manda es el humor negro, la ironía, el sarcasmo. Como si Magnus fuera jugando con estas formas discursivas, probando unas y luego otras, logrando que cada una funcione en su esplendor. La risa de las bandurrias es una novela pero también podría servir como manual de ejemplos para estudiosos del humor. Sobre el final del libro, el narrador se preguntará si “la carcajada no será el lenguaje perfecto, el que lo dice todo con un solo sonido.”

Ariel Magnus es uno de los escritores más singulares de la literatura argentina. 

El humor no es un territorio sencillo: son pocos los que saben jugar ese juego. Magnus es uno de ellos.



Eugenia Almeida

Publicado originalmente en Número Cero

martes, 12 de julio de 2016

Observada - Renée Knight



Secretos de familia 

Una mujer lee un libro. La lectura funciona como una grieta, una fisura, un quiebre que la pone frente al abismo. La novela que está leyendo habla de ella. Y se refiere a un secreto que ha guardado durante veinte años. Lo escrito bordea lo que pasó pero da una versión diferente, malintencionada, llena de furia. El libro es una trampa. Un peligro que sólo ella sabe advertir. ¿Con quién hablar de algo que hemos preferido callar? Catherine vuelve a repasar las primeras hojas. Alguien ha tachado con una línea roja la típica aclaración que advierte que la obra es ficción y que cualquier similitud con la realidad es pura coincidencia. No hay datos del autor. La editorial se llama “Ramnusia”, otro nombre de Némesis, la diosa de la venganza.

El acoso, el hostigamiento y la falta de respuestas conspiran para que Catherine desespere. El punto de quiebre llega cuando su hijo le comenta, al pasar, que él ya ha leído ese libro, que alguien se lo llevó de regalo a su trabajo.

Observada, la primera novela de la guionista inglesa Renée Knight, propone una estructura que va combinando dos historias. Por un lado, Catherine y su zozobra. Por el otro, un profesor retirado, viudo, que trata de acomodar los restos de una vida destruida. Las escenas se van sumando: una mujer corre por un cementerio, un hombre encuentra escondido algo que pertenecía a su esposa muerta, un departamento en ruinas, un ratón pudriéndose; los recuerdos y las fantasías. Los rumores, las calumnias, las mentiras; el modo lento, corrosivo e irreparable en que se instala el odio. 

Observada es el séptimo título de la colección Salamandra Black, dedicada al género negro. Una novela de suspenso psicológico que hace crecer la angustia hasta un punto casi insoportable. El libro es un thriller perfecto. Aquí, lo agobiante no es un crimen sino la maquinaria de negación y justificación que funciona incansable en ciertas familias: nadie quiere ver lo que está a la vista, el sistema de percepción se desvirtúa para que cada signo corrobore que todo está bien. Una historia que establece cierto parentesco con la película Tenemos que hablar de Kevin, de  Lynne Ramsay. Renée Knight sabe hablar de la oscuridad. Algo en su estilo recuerda a Ruth Rendell, aquella maestra en contar historias que nos advierten que lo inquietante no está lejos, no está afuera, no es ajeno.  


Eugenia Almeida

Publicada originalmente en Ciudad X





jueves, 7 de julio de 2016

Y tú no regresaste - Marceline Loridan-Ivens





La superviviente

“A pesar de lo que nos sucedió, yo he sido una persona alegre; tú lo sabes. Alegre a nuestra manera, para vengarme de estar triste riéndome de todos modos.” 

Esas son las primeras frases de Y tu no regresaste, el segundo libro de la cineasta francesa Marceline Loridan-Ivens. Y en esas palabras están las coordenadas de esta historia: una larga carta que una mujer escribe a su padre, muerto setenta años atrás. Ambos, víctimas del horror nazi en la Segunda Guerra Mundial. Él, nunca regresó. Ella, la niña detenida a los 15 años, pudo resistir. La carta se abre hablando de cierto tipo de alegría, la que se usa como un arma, como un escudo contra la tristeza. Comienza diciendo “tú lo sabes”; busca en el otro el testigo que sostenga; no sólo el interlocutor sino el que puede comprender, el que da existencia. Una carta al ausente. El que falta pero, al mismo tiempo, está presente.

Por esos años Marceline Loridan-Ivens se llamaba Marceline Rozenberg. Era una adolescente. Cuando los nazis llegaron hasta su casa y la detuvieron junto a su padre, ella trató de conservar la calma. En la estación de trenes dijo: “Trabajaremos en ese lugar y volveremos a encontrarnos el domingo”. A esa frase su padre respondió: “Tú sí volverás porque eres joven, pero yo no regresaré”. 

Fueron llevados a los campos. Él, a Auschwitz; ella, a Birkenau. Dos territorios separados por sólo 3 kilómetros que resultaban inconmensurables porque padre e hija estaban perdidos en “la insoportable incertidumbre sobre lo que le ocurría al otro”. 

78750. El número que le graban en el brazo. Marceline es convertida en víctima pero también en obrera de esa espantosa línea de producción: revisar la ropa de los muertos, cavar zanjas donde quemar cadáveres y construir rampas en las entradas de los crematorios. Los prisioneros pasan a formar parte de una maquinaria que, cuando agote su fuerza de trabajo, va a destruirlos con la misma estructura que fueron obligados a perfeccionar. Una maquinaria que aplasta hasta que logra hacerle decir a una chica de 15 años “ya no había humanidad en mí (…) yo estaba al servicio de la muerte”. 

Luego de contar parte de su experiencia en el campo de concentración, Loridan-Ivens aborda un momento histórico muchas veces omitido en los relatos de los supervivientes: el regreso. El intento de volver a encajar en una sociedad que –por acción u omisión– permitió el horror y luego prefirió olvidar. Una sociedad a la que cualquier recordatorio le resultaba amenazante porque vivía una “posguerra amnésica y antisemita que se regodeaba en el cuento de una Francia heroica.” 

Marceline aprende una nueva forma de la supervivencia: el silencio. Su propia madre está entre aquellos que no quieren saber; ni siquiera va a buscarla a la estación de trenes cuando le dicen que ha sido liberada.

Es su tío Charles el que la alerta sobre la soledad que trae la incomprensión de los otros, los que no quieren oír, los que “no entienden nada”. Marceline tiene 17 años. No volverá a la escuela. Va a convertirse en cineasta; en una mujer que, ante los papeles administrativos relacionados con la guerra, dice: “yo no me creo nada de la historia oficial escrita por Francia”.

Dos de sus hermanos se suicidan; dos personas a las que también “mataron los campos sin haber estado nunca en ellos”. Quizás porque, como dice Loridan-Ivens, “siempre les faltaron las palabras que pudieran acompañarlos, que les indicaran cuál era su lugar en esta historia y en este mundo”. Ella, por el contrario, supo encontrar esas palabras y ahí se afirma, aun en la tempestad, cuando dice: “Soy la superviviente”. Una mujer de 86 años que escribe una carta postergada; una de las 160 personas “que todavía viven de entre los 2500 que regresaron”. Una de los 76.500 judíos de Francia llevados a Auschwitz y Birkenau. 

Y tú no regresaste es un libro breve y extremadamente potente. El lenguaje no alcanza para expresar lo indecible; posiblemente por eso Loridan-Ivens se limita a narrar, a describir, a detallar. Y es en esa sobriedad que las palabras se vuelven efectivas. El relato parece anular el tiempo transcurrido entre el momento en que padre e hija se vieron por última vez y el instante en que lo vivido se vuelve escritura.

Libros como este son necesarios no sólo para conservar la memoria sino también como un modo de llamar la atención sobre situaciones actuales que implican el sometimiento, la opresión y la ejecución de miles de personas en diferentes partes del mundo.



Eugenia Almeida


Publicado originalmente en Ciudad X